Frou-frou, frou-frou par son jupon la femme, frou-frou, frou-frou de l'homme trouble l'âme... Le 16 février 1899, le sixième président de la IIIème République succombe dans le salon bleu de l'Elysée dans les bras de la demi-mondaine, Marguerite Steinheil. 


Il voulait être César, il ne fut que Pompée !

On s’affole, on s’agite au sommet de l’état. On évacue discrètement la maitresse dépenaillée. L’Abbé Renault, dépêché sur les lieux, demanda  si le président avait toujours sa connaissance , le majordome lui aurait répondu : Non, elle vient de sortir par l’escalier de service! Officiellement, le président est décédé des suites d’une hémorragie cérébrale, c’est plus respectable… Des salles de rédactions aux maisons closes, chacun sait que l’auguste quinquagénaire est grand amateur des plaisirs de la chair. La presse retient sa plume, mais en coulisse, on ricane, calembours et jeux de mots vont bon train. Clémenceau, qui n’aimait guère le défunt, déclarera :  Il voulait être César, il ne fut que Pompée. 

Mais qui donc est celle que l'on surnomma : « La pompe funèbre »?

Marguerite Steinheil est la fille d’une riche famille d’industriels du territoire de Belfort. Surnommée « Meg » elle est l’épouse du peintre académique Adolphe Steinheil, de 20 ans son ainé. Femme éduquée et séduisante, elle tient salon au 6 bis impasse Ronsin. S’y côtoient Ferdinand de Lesseps, le Prince de Galles ou Émile Zola. En 1897, à Chamonix, Madame Steinheil rencontre Félix Faure alors en déplacement dans la région. Le président n’est pas insensible au charme de la jeune femme âgée de 28 ans et de son côté, madame n’est pas farouche et connaît son affaire en matière d’adultère. Pendant deux ans, le président et la demi-mondaine entretiennent une liaison plus ou moins discrète. L’inoffensif Adolphe Steinheil reçoit en guise de compensation une commande d’état. « La remise des décorations par le président de la République aux survivants de la redoute brulée » (titre de l’œuvre) offrira au président tout le loisir de venir observer les progrès du tableau et conter fleurette à la maîtresse de maison.
À la mort de son amant, Marguerite ne perd pas la main et devient notamment la maitresse d’Aristide Briand et du roi du Cambodge Sisowath. En 1900, le sculpteur Jean-Baptiste Hugues réalise une statue La muse de la source dont le visage ressemble étonnamment à celui de Marguerite qui fréquente nombre d’artistes et pose parfois comme modèle. 

Le double assassinat de l'impasse Ronsin

En 1908, Marguerite Steinheil se trouve au centre d’une intrigue sensationnelle qui va défrayer la chronique « L’affaire de l’impasse Ronsin ». La réputation et les fréquentations de la dame aiguisent l’intérêt des journalistes et le public en redemande. Au matin du 31 mai, le domestique de la maison, Rémi Couillard, découvre madame ligotée et bâillonnée ainsi que les corps sans vie d’Émilie Japy, la mère de Marguerite, morte d’une crise cardiaque et d’Adolphe Steinheil, son mari, étranglé. Marguerite déclare avoir été la victime d’un vol de bijoux, d’une tentative de viol puis accuse ses domestiques. La police n’est pas dupe des tergiversations et variations de ses témoignages, elle accuse Marguerite de «  complicité de meurtre par aide et assistance ». Marguerite est transférée à la prison de Saint-Lazare. Le procès s’ouvre le 3 novembre 1909 et la presse s’empare à nouveau de l’affaire. Malgré les incohérences de l’accusée, le manque de preuves tangibles et les interventions en haut lieu aboutissent à l’acquittement de Marguerite. À l’issue du procès, Madame Steinheil s’exile à Londres sous un faux nom. Elle épousera par la suite Lord Robert Brooke Campbell Scarlett, baron Abinger, en juin 1917.
Félix Faure inaugura l’agenda galant de l’Élysée mais ne lui jetons pas la pierre car, bien des élus de la République, qui heureusement ne subiront pas aussi violemment la flèche de Cupidon, suivront son exemple.