Il y a 145 ans naissait l’un des plus grands écrivains français : Marcel Proust. Son grand oeuvre, À la recherche du temps perdu, sera vendu, lu, relu, disséqué, interprété, par des millions de gens dans le monde. Ce long récit, composé de 7 tomes, est commencé en 1907 et achevé en 1922, deux cent personnages peuplent cette fresque littéraire. Ce petit moustachu, frêle et chétif se donnera corps et âme à la littérature et finira par y laisser sa vie.

 

Amants, amis pour la vie

 Marcel Proust n’est pas isolé dans le cimetière du Père Lachaise, non loin de lui reposent amis(es) et amants qui presque tous serviront de modèle à l’écrivain. Parmi eux, Reynaldo Hahn son bel amant musicien, qu’il rencontre en 1894 dans le salon de Madame Madeleine Lemaire où se presse la fine fleur culturel de la capitale. Leur liaison dure 2 ans puis se transformera en une longue amitié. Un avant avant sa rencontre avec Marcel Proust, Marcel fréquente les « jeudi » de Madame Julia Daudet, femme du grand Alphonse Daudet, l’auteur du petit chose et de Tartarin de Tarascon. Il fait connaissance avec le cadet de la famille, Lucien Daudet, âgé de 17 ans avec lequel il vit une courte idylle. La famille Daudet, comme celle de Proust, ne voit pas d’un très bon oeil cette relation, néanmoins, Proust continuera de fréquenter la famille et plus tard se liera d’amitié avec l’aîné, le polémiste d’extrême droite : Léon Daudet.

 

À l'ombre des jeunes filles...

En 1889, Marcel Proust fréquente le salon littéraire et politique de Mme Léontine Arman de Cavaillet, 12 avenue Hoche. Mme Arman de Cavaillet, est l’un des modèles qui inspira à Proust le personnage de Madame Verdurin. Le jeune Proust y rencontre deux jeunes femmes, la pétillante  Colette et Anna Bibesco de Brancovan, future Anna de Noailles.  Colette et Proust se retrouveront bien plus tard, autour de 1912, juste après la parution du roman, Du coté de chez Swann. Colette est alors écrivain reconnu, baronne, mère et épouse d’ Henry de Jouvenel des Ursins, rédacteur du journal Le matin. Colette écrit à propos de Proust : « Pendant de longues années je cesse de le voir. On le dit déjà très malade. Et puis Louis de Robert, un jour, me donne Du côté de chez Swann … Quelle conquête ! Le dédale de l'enfance, de l'adolescence réouvert, expliqué, clair et vertigineux ... Tout ce qu'on aurait voulu écrire, tout ce qu'on a pas osé ni su écrire, le reflet de l'univers sur le long flot, troublé par sa propre abondance … » (Les Heures longues éditions Arthème Fayard 1917).
Anna Bibesco de Brancovan est la nièce de la princesse Hélène Bibesco, personnage haut en couleur du Paris mondain et culturel de la fin du XIXème siècle. L’amitié qui lie Proust à la jeune poétesse sera longue et féconde, Proust connaît sur le bout des doigts toute l’oeuvre poétique d’Anna de Noailles. La fragile Anna apparaît sous les traits de la Vicomtesse de Réveillon dans le roman Jean Santeuil : « La jeune femme […] était une poétesse de dix-neuf ans dont la Revue des Deux Mondes venait de publier des vers admirables ». Leur correspondance, éditée après la mort de l’écrivain par son frère Robert, témoigne de leur admiration mutuelle et constante.

 

D'Oscar à Charlus

En 1891, toujours au salon de Mme Arman de Cavaillet, le jeune étudiant Marcel Proust fait la connaissance d’un trouble personnage et ami de Sarah Bernhardt, un aigle noir du nom d’Oscar Wilde. La même année, Marcel invite Wilde à dîner au 9 boulevard Malesherbes chez ses parents. La soirée est un fiasco, Wilde n’hésite pas à critiquer l’ameublement de l’appartement et déclare de but en blanc : «  Que c’est laid chez vous! » puis « Je croyais avoir le plaisir de dîner avec vous seul, mais j’ai vu que vos parents étaient au salon, et je n’ai pas pu y rester. Au revoir cher Monsieur Proust ». Oscar Wilde comme  Robert de Montesquieu serviront de modèles pour le personnage aux moeurs douteuses du baron Charlus.

 

De Sarah à La Berma

En 1893, Sarah Bernhardt joue Phèdre de Racine au Théâtre de la Renaissance, c’est un Proust enthousiaste qui assiste à la représentation. Sarah Bernhardt, ainsi que les comédiennes Réjane et Mademoiselle Rachel, serviront toutes trois à dépeindre le personnage de la Berma dans À la recherche du temps perdu. Deux ans plus tard, en septembre, Proust et  Reynaldo Hahn seront les hôtes de  Sarah Bernhardt dans son fort de Belle-île-en-Mer.

 

À la recherche... d'un éditeur

En 1913, Marcel Proust cherche un éditeur pour le premier volume de la Recherche, Du coté de chez Swann. Il propose son manuscrit aux éditions Fasquelle, puis Ollendorf, toutes deux le refuse. L’auteur, grand admirateur de la Nouvelle Revue Française, le soumet naturellement à la NRF. Le texte est lu distraitement, voir feuilleté et se voit également refusé, erreur fatale!! Gide qui était au comité de lecture écrira plus tard à Proust : « Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF – et (j’ai honte d’en être pour beaucoup responsable) l’un des regrets, des remords les plus cuisants de ma vie. » L’écrivain déçu se tourne alors vers un tout jeune éditeur Bernard Grasset qui l’accepte et publie l’ouvrage à compte d’auteur à 1750 exemplaires. Plus tard, les éditions de la NRF regrettant amèrement leur refus proposeront à Proust d’éditer le second volume. Six ans après la parution de Du coté de chez Swann, la NRF intégrera ce premier volume à leur catalogue.

Un cercle protecteur s’est formé au fil du temps autour du doux Marcel. Aujourd’hui, la tombe de Marcel Proust est l’une des plus visitées du Père Lachaise, des milliers de personnes viennent y déposer des bougies, des fleurs ou déposent des tickets de métro sur lesquels sont griffonnés des messages. Dans son fameux questionnaire, à la question comment j’aimerais mourir, Proust répond : meilleur et aimé.Marcel Proust amants et amis