Colette écrivain, femme espiègle, femme à l'avant garde, amoureuse des deux sexes, mène sa vie comme une aventurière. Des salons parisiens où elle rencontre Marcel Proust et Anna de Noailles, aux planches des Music-Halls, des matins d’écriture aux jardins ensoleillés de Provence, Colette reste fidèle à elle même. Un coeur paysan, franc du collier, une femme libre penchée à la fenêtre du monde.

Saint Sauveur en Puisaye, la petite commune bourguignonne, accueille avec joie la naissance de Sidonie Gabrielle Colette, le 28 janvier 1873. Enfant adorée par sa mère, elle grandit au plus proche de la nature. Cette connivence aura une grande influence sur l’écriture de la future Colette. Pour l’instant, elle est l’épouse d’Henri Gauthier-Villars dit Willy, écrivain et critique musical. Opportuniste, ce vilain mari publie sous son nom la série des « Claudine » (Claudine à l’école 1900, Claudine à Paris 1901, Claudine en ménage 1902, Claudine s’en va 1903) de sa jeune et naïve épouse. Colette s’émancipe quelque peu de Willy. En 1904, paraît l’un des plus beaux romans de Colette : Le dialogue des bêtes, un roman animalier où le chien Toby et la chatte Kiki-la-doucette livrent leurs pensées et péripéties quotidiennes.

Scandales !

Colette se sépare de Willy en 1906, elle vit une courte liaison avec l’amazone Natalie Clifford-Barney et mène une vie d’artiste de Music-Hall. Ses représentations, quelque peu dénudées, ainsi que ses aventures amoureuses féminines attirent le scandale. En compagnie de sa compagne, Mathilde de Morny dite « Missy », arrière petite-fille de Talleyrand et de Joséphine de Beauharnais, elle se produit au Moulin Rouge en 1907 dans une Pantomine Rêve d’Egypte. Ce spectacle saphique sera interrompu par le préfet de police.
1910 est une année prolifique, Colette part en tournée à travers la France. Elle est à l’affiche de 2 pièces de Georges Courteline : La cruche ou j’en ai plein le dosde Margot et La peur des coups. Cette même année, Missy offre à Colette une villa à Rozven, non loin de St Malo. Ce lieu de villégiature appartiendra à l’écrivain jusqu’en 1927. En novembre, paraît son dixième roman : La vagabonde, inspiré de sa désastreuse vie maritale et de son expérience au Music-Hall. En décembre, Colette fait ses premières armes en tant que journaliste au journal Le Matin dirigé par Henry de Jouvenel avec lequel elle finira par convoler. En 1912, la relation Missy-Colette prend fin et l’écrivain accepte de prendre pour époux Henry de Jouvenel. De cette union naîtra en 1913 une fille, Colette de Jouvenel, surnommée « Bel-gazou ». La guerre éclate en 1914, alors que Colette séjourne à Rozven, Henri de Jouvenel est mobilisé. Rentrée à Paris, Colette offre son aide aux blessés. La vagabonde paru en 1917 est adapté au cinéma, avec dans le rôle principal, Musidora, ancienne partenaire de Colette sur les planches du Bataclan.

 

Colette musicienne

Colette est élevée dans l’amour des belles lettres mais également de la musique. Elle fréquente à Paris les salons réputés de Madame de Saint-Marceaux et celui de la Princesse de Polignac. Elle rencontre les principaux acteurs de la musique moderne du XXe siècle naissant comme Fauré, Debussy Reynaldo Hahn amant et ami de Marcel proust,  Francis Poulenc ainsi que Maurice Ravel.

En 1914 Jean Rouché, directeur de l’Opéra de Paris, propose à Colette de rédiger un livret pour l’Opéra. Enchantée, elle s’exécute rapidement et propose le nom de Ravel pour la composition. Ravel accepte du bout des lèvres puis part pour le front en 1916. Il faut attendre 1919 pour que le compositeur s’attèle à l’ouvrage. L’enfant des sortilèges, fantaisie lyrique, est crée le 21 mars 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo sur une chorégraphie du célèbre George Balanchine. En 1938, c’est au tour de Francis Poulenc de composer pour piano et voix sur un poème de Colette : Le portrait.

 

Le blé en herbe

En 1920, paraît Chéri aux éditions Fayard. Ce roman sera porté au théâtre l’année suivante. Suivront en 1923, Le blé en herbe sous forme de feuilletons et en 1926 La fin de Chéri. Le Blé en herbe s’inspire de la liaison amoureuse de Colette âgéé de 47 ans avec son beau fils, Bertrand de Jouvenel,17 ans. Ce dernier, sur ordre de son père, passe en 1920 ses vacances à Rozven dans la Villa de Colette : le piège est tendu. Colette fait l’éducation sentimentale du jeune Jouvenel. Ensemble, ils iront au théâtre, aux sports d’hiver et voyageront en Algérie en 1922. La famille de Jouvenel essaie tant bien que mal de remettre le jeune homme dans le droit chemin et tente de le marier rapidement, chose vaine. Au Printemps 1925, les relations sont tendues, Colette rencontre Maurice Goudeket chez des amis du Cap d’Ail, cette rencontre signe la fin de cette audacieuse passion qui dura cinq ans. En 1925, le divorce est prononcé avec Henri de Jouvenel et Colette l’éternelle amoureuse épouse Goudeket en avril.

 

Colette au cinéma

Colette, passionnée de cinéma, collabore aux dialogues de deux films : Le lac aux dames de Marc Allégret tiré du roman de Vicky Baum en 1934 puis Divine de  Max Ophuls en 1935. Cette même année, Colette est élue en mars à l’Académie royale de la langue et la littérature française de Belgique en remplacement d’Anna de Noailles. Durant la guerre, les époux se réfugient en Corrèze auprès de Colette de Jouvenel. En décembre 1941, Maurice Goudeket est arrêté à Paris par la Gestapo, Colette remuera ciel et terre afin de faire libérer son mari. En février 1942, grâce à l’intervention de José-Maria Sert, Maurice est libéré. Peu avant la fin de la guerre parait Gigi, une nouvelle qui inspirera de nombreux cinéastes, dont Vincent Minelli en 1959 avec Maurice Chevalier et Leslie Caron dans le rôle de Gigi. La nouvelle fera également l’objet d’une pièce de théâtre avec Audrey Hepburn en 1952 et d’un feuilleton télé.

 

Colette s’en va

En 1945, la notoriété de Colette est immense, elle est élue à l’unanimité à l’Académie Goncourt où elle retrouve son ami Francis Carco. Considérablement amoindrie par une polyarthrite, elle ne quitte presque plus son appartement de la Place du Palais royal. Élevée à la dignité de grand-officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur en 1953, Colette décède le 3 août 1954 dans son appartement parisien de la rue de Beaujolais. Des funérailles nationales seront consacrées à l’éternelle amoureuse des lettres françaises.