Jusqu’au 3 juillet 2016 se tient au musée des impressionnismes à Giverny, une lumineuse exposition : Gustave Caillebotte, peintre et jardinier. Le peintre, injustement remisé au banc des impressionnistes mineurs, trouve enfin sa place parmi ses pairs : Renoir, Monet, Sisley. L’exposition présente les thèmes récurrents dans l’œuvre de l’artiste : le nouveau Paris d’Haussmann morne et gris vu de sa fenêtre, le charme verdoyant de la propriété familiale à Yerres, la Seine et la Normandie, puis le jardin et le potager ainsi que les serres de sa propriété au Petit Gennevilliers. Gustave Caillebotte a une forte prédilection pour l’horticulture, les 80 toiles et dessins exposés à Giverny en témoignent.

 

Une jeunesse dorée

Né le 19 août 1848 à Paris, second venu d’une fratrie de quatre enfants, il grandit au sein d’une famille argentée. Après l’obtention de son baccalauréat, il entreprend des études de droit puis à la fin de la guerre franco-prussienne (du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871), le jeune homme entre dans l’atelier du peintre académique et graveur Léon Bonnat. En 1873, Caillebotte est reçu au Beaux-Art de Paris. Le peintre entreprend de peindre Paris, il multiplie les scènes de rues représentant tour à tour les promenades bourgeoises : le boulevard vu d’en haut (1880), la condition ouvrière au travail : les raboteurs de parquet (1875) ou les peintres en bâtiment (1877). L’artiste se démarque des autres peintres par l’utilisation d’un cadrage proche de la photographie, n’hésitant pas à peindre des vue plongeantes du haut de son balcon.
À la mort de son père, qui fit fortune dans le commerce textile, le jeune homme hérite d’un capital confortable qui lui permet de vivre sans contrainte matérielle. Ces richesses seront mises aux services de ses nombreuses passions : la peinture, la philatélie, la navigation et l’horticulture mais aussi et surtout, le mécénat qu’il pratique de manière altruiste et généreuse.

 

L’amicale impressionniste de CaillebotteMonet

Tout acquis à la cause impressionniste, le fortuné Caillebotte soutient activement et financièrement ses amis : Monet, Renoir, Pissaro, Degas et Manet. Ainsi il acquiert durant toute sa vie, près de 70 toiles aujourd’hui majeures. Les tableaux Régates à Argenteuil de Monet en 1876, le bal du moulin de la galette de Renoir, Le balcon de Manet en 1883 sont parmi les chefs-d’œuvres de sa collection. Le mécène finance également de nombreuses expositions impressionnistes, entre 1876 et 1882, à l’heure où ce courant est largement vilipendé par la critique académique.

 

Yerres, le pays de cocagne

En 1860, Martial Caillebotte père, achète l’hôtel de Narelles, une propriété de style palladien agrémentée d’un splendide jardin à l’anglaise de 11 hectares, auprès de la rivière l’Yerres. La famille s’y installe pour la période estivale, loin des travaux du Baron Haussmann qui déchirent Paris. À Yerres, de 1873 à 1878, l’artiste  va vivifier sa palette, délaissant le gris, les blancs délavés de Paris pour user de mille couleurs crues et chatoyantes de la nature. Le jardin, le potager, les loisirs nautiques et les portraits de famille constituent désormais ses thèmes de prédilection, ainsi il peint plus de 80 tableaux dans le parc de la propriété dont Le jardin potager, Yerres peints en 1877 et environs 25 scènes de loisir se tenant au bord de l’eau comme : Baigneurs, au bord de l’Yerres peint en 1878.
À la mort du père, sa veuve hérite des lieux puis la propriété sera vendue à sa mort, en 1878.  La propriété Caillebotte aujourd'hui se visite et acceuille des expositions d'art contemporain ainsi qu'une biennale de scupture

 

Le Petit-Gennevilliers, le Rendez-vous des amisÉdouard Manet

En 1881, Gustave Caillebotte achète une maison avec jardin en bord de Seine, au Petit-Gennevilliers, situé à 5 km du centre de Paris. Il crée un jardin, un potager et une serre qui irriguent sa peinture. Ainsi de nombreux projets de décoration sur le thème du végétal seront élaborés.
Au Petit-Gennevilliers, Caillebotte toujours très généreux, ouvre sa porte aux amis. Monet y peint 60 tableaux et Renoir 13, Sisley et Manet viendront également planter leurs chevalet dans la propriété ou aux abords, comme à Argenteuil, situé sur la rive opposée. Sur ses terres, Caillebotte peint de nombreuses vues des rives de la Seine et ses ponts comme La Seine et le pont de chemin de fer d’Argenteuil, en 1885 mais encore et surtout son jardin. Comme son ami Monet à Giverny, Caillebotte est un horticulteur passionné, il donne donne naissance à quantité de fleurs : dahlias, roses, pavots et orchidées pour lesquelles il fait bâtir une serre, ses fleurs trouveront naturellement leurs places dans les oeuvres du peintre.

 

L'affaire CaillebotteAuguste Renoir

Durant l’hiver glacial de 1894, le peintre prend froid et décède, prématurément, le 21 février, des suites d’une congestion cérébrale. Gustave caillebotte est enterré au cimetière du Père Lachaise. Lorsque son frère meurt à l’âge de 26 ans, Caillebotte, de 2 ans son aîné, est persuadé de mourir jeune, il rédige alors son testament en 1876 et fait de Renoir son exécuteur testamentaire. Il lègue à l’Etat toute sa collection de tableaux, composée notamment d’oeuvres de Degas, Monet, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Cézanne et Sisley. Ce legs devient une affaire d’Etat, en effet le gouvernement est bien embarrassé par un tel don. L’Académie des Beaux-Arts, artistes académiques et hommes politiques s’insurgent contre l’entrée de ces œuvres au musée du Luxembourg : « des ordures, une flétrissure morale, un détraquage, c’est la fin de la Nation, de la France » proclame le peintre Gérôme. Après moult tergiversations, le Conseil d’Etat donne son aval, le 25 février 1896 et accepte 38 tableaux parmi les 70 de la collection. Une aile nouvelle est construite au musée du Luxembourg pour accueillir les oeuvres impressionnistes. Au début de l’année 1897, les salles sont ouvertes au public, la collection rejoindra le musée d'Orsay en 1986.
Profitez des derniers jours de l’exposition Gustave Caillebotte, peintre et jardinier, pour visiter la fondation Claude Monet à Giverny, elle qui a su si bien conserver et entretenir le sublime jardin d’eau et la maison du peintre.