Le champ lexical qui qualifie la femme semble tout droit sorti du salon de l’agriculture. On y trouve de nombreux volatiles comme : la caille, la poule voire poulette ou cocotte. Chez les animaux bondissants, il y a l’orientale gazelle, la rurale biche voir « bibiche » à ne pas confondre avec la minuscule mais néanmoins charmante bourgade de Moselle, 446 habitants recensés en 2013. Chez les animaux furtifs, il y a la belette et la souris. Du coté des écuries, il y a la ponette fréquemment utilisée par Colette pour désigner une femme trapue. Loin de la basse-cour mais souvent proche du ruisseau, on trouve : nana, pépé, la banlieusarde, meuf, la gonzesse chère au chanteur Renaud. Chez votre boucher-charcutier vous trouverez le classique boudin de saison et pour finir en beauté, du côté de nos amis maraichers : le cageot !


Drôle d’introduction à la journée de la femme me direz-vous ! L’humour n’empêche pas le sérieux, on peut aisément être détendue du string et hurler telle une hyène tachetée aux violences faites aux femmes ! La journée internationale du droit des femmes est officialisée par les Nations-Unies en 1977. Elle trouve son origine dans les mouvements sociaux et ouvriers du XXème. En 1903, les militantes du Women’s social and political union, appelées les suffragettes, luttent pour l’obtention du droit de vote des femmes au Royaume-Uni. Les très chignonnées, agitées et bruyantes suffragettes scandalisent la puritaine Albion. Elles obtiennent enfin victoire après 15 années de haute lutte, en 1918.
À noter que les premiers pays à reconnaître ce droit sont : l’Australie en 1902, les pays scandinaves, Norvège, Danemark, Islande et Suède entre 1913 et 1919, les USA en 1919. Il aura fallu 2 guerres mondiales, l’occupation et l’engagement des femmes dans la résistance pour que notre très misogyne patrie reconnaisse le droit de vote aux femmes en 1944 ! Mais la journée internationale de la femme ne se limite pas à défendre ce précieux droit, elle permet de mettre en exergue les discriminations faites aux femmes, les violences exercées, le sexisme ... bref de combattre les inégalités et d'y remédier. Simone de Beauvoir l'a bien exprimé : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » 
Au cimetière du Père Lachaise reposent de nombreuses femmes qui ont hissé haut l’étendard féminin, des féministes avant l'heure!

Rosa Bonheur est dans le pré

Parmi elles, se trouve l’artiste animalière si joliment prénommée Rosa Bonheur. Née le 16 mars 1822 dans une famille essentiellement masculine, l’artiste fume le cigare et n’hésite pas à se vêtir en homme pour mieux croquer les animaux des marchés aux bestiaux. Ce fait hautement répréhensible, la contraint à des démarches auprès de l’administration préfectorale afin d’en obtenir l’autorisation régulièrement. Elle ne cache pas ses préférences sexuelles et vivra au grand jour ses amours avec Nathalie Micas puis Anna Klumpke dans la France pudibonde de Napoléon III.

 


« Mademoiselle Révolte »

Comme Rosa Bonheur, Sarah Bernhardt aussi pratiqua, avec une joie non dissimulée, le travestissement pour le besoin de son art. À ce propos, elle dit : «  Je puis dire que j’ai eu la chance rare, et je crois unique, de jouer trois Hamlet : le noir Hamlet de Shakespeare, l’Hamlet blanc de Rostand, l’Aiglon, et l’Hamlet florentin d’Alfred de Musset, Lorenzaccio ». Ainsi s’exprime Sarah Bernhardt !
Star planétaire avant l’heure, la comédienne enflamme les scènes du monde entier. Elle n’a pas son pareil pour faire parler d’elle et son mode de vie excentrique et libertin, alimente les plus folles rumeurs ! Reine du marketing, elle use de tous les moyens publicitaires mis à sa disposition. Son nom ou sa silhouette ornent cigares, savons, poudre de riz, épingles, gants, photos ou cartes postales. Elle emploie les meilleurs affichistes comme Mucha pour annoncer ses représentations. La tragédienne utilise les innovations techniques de son temps : en 1893 à New-York, Gianni Bettini effectue un enregistrement de Sarah chantant Frou-frou puis, en 1903, Thomas Edison en personne, enregistre la comédienne déclamant un passage de Phèdre. Notre glorieuse française possède une étoile sur la prestigieuse Hollywood Walk of Fame !

 

Gertrude Stein

Lorsque Sarah Bernhardt termine sa tournée américaine en 1881, la future collectionneuse Gertrude Stein n’a que 7 ans. Cadette d’une riche famille de cinq enfants, elle rejoint, en 1904, son frère Léo à Paris, la capitale des Arts et véritable bouillon de culture. La vie de Gertrude est dédiée à la création, à l’art et aux artistes. Son engagement auprès des artistes cubistes comme Masson, Juan Gris, Matisse et Braque est total. Tandis que son frère Léo a les cubistes en horreur, elle voit en eux ce qu’elle pressent dans son travail d’écrivain.
Gertrude Stein, au physique de colosse, au visage rude et abrupt, rencontre en 1905 Picasso âgé de 24 ans. Elle est fascinée par l’artiste espagnol et celui-ci est hypnotisé par le physique intense et minéral de Gertrude. Il naîtra de ce chaste face à face, le célèbre portrait de Gertrude Stein en 1906. Libérée de la présence de son frère, elle peut vivre librement auprès de sa compagne, Alice Toklas. Le 27 rue Fleurus devient le rendez-vous incontournable des américains à Paris. À la table de Gertrude, on trouve Hemingway, Fitzgerald, Dos Passos, elle qualifie cette troupe de jeunes écrivains désabusés et désargentés : la génération perdue, expression qui restera dans les annales de la littérature. En 1933, aux États-Unis, paraît l’ouvrage autobiographie d’Alice Toklas écrit par Gertrude Stein. Cet ouvrage figure encore en bonne place dans les rayons des librairies françaises.


Isadora Duncan : l’émancipée

Isadora DuncanTrois ans après Gertrude Stein, le 26 mai 1877, Isadora Duncan naît à San Franscico. Dès son plus jeune âge, Isadora fait preuve d’indépendance. Sauvage, l’enfant écourte sa scolarité, jeune fille, elle fréquente peu les cours ou les académies de danse. Son credo : être libre, libérer l’instinct des corps, cultiver l’inné, fuir les codes, briser les carcans qui régissent les gestes et les mouvements de la danse, abandonner tout ce qui opprime le corps, brûler tutus et chaussons, libre vous dis-je ! S’inspirant des lignes épurées et des drapés fluides des statues antiques, la voilà qui s'envole littéralement sur les plus grandes scènes internationales dès 1903, elle se met également en scène à l’air libre dans les jardins. Sa gestuelle et sa grâce fascinent créateurs et artistes de son temps comme Henri Matisse, Maurice Denis, Bourdelle ou Fauré ; toute l’élite intellectuelle de la Belle époque se prosterne à ses pieds.

 

Parmi les fortes femmes du Père Lachaise, se trouvent les célèbres, Maria Callas à la voix aussi bien trempée que son caractère, Colette, libre d’esprit et de corps, Virginia Castiglione sublime espionne et Marthe Richard prénommée "la Veuve qui clôt" en raison de sa loi qui entérine la fermeture des maisons closes. Vous pouvez également retrouver toutes leurs consœurs dans le parcours Les femmes d'abord! de l’application Père Lachaise App. Ce parcours, exclusivement féminin, regroupant 32 personnages s’adresse à tous !
Les fashionistas trouveront leur bonheur grâce au soutien gorge révolutionnaire de Madame Carven ou à la mise en plis impeccable des sœurs Carita. Les sportifs (qui peuvent aussi appartenir à la catégorie précédente) suivront à la trace Gerda Taro l’intrépide reporter et Juliette Dodu la première femme ayant obtenu la médaille militaire ! Les plus littéraires s'abreuveront aux textes de Colette et d'Anna de Noailles

Une précision à l’attention des plus coquettes : Louboutin peu recommandées !