Le Père Lachaise recèle mille histoires ensevelies sous les herbes folles. Nous vous invitons à découvrir 14 personnalités qui ont fait de leurs amours, la force et la source intarissables de leurs créativités. Ces histoires forcent l’admiration par leur audace ou leur longévité, certaines se sont muées en véritables légendes. Sur les traces des amants du Père Lachaise, une promenade galante d’1h30.

Les heures exquises de Marcel Proust et Reynaldo Hahn

« The place to be » du printemps 1894 se situe au 31 rue Monceau dans le 8ème arrondissement de Paris où madame Madeleine Lemaire, aquarelliste surnommée « l’impératrice des roses », tient salon. Ici se côtoie la fine fleur culturelle de l’époque : Sarah Bernhardt, Montesquiou ou Saint-Saëns mais également les politiques et aristocrates les plus en vue. C’est probablement autour du mois de mai que Marcel Proust rencontre pour la première fois un jeune et beau compositeur d’origine vénézuélienne tout juste âgé de 20 ans : Reynaldo Hahn . Ce jour là, le musicien interprète Les chansons grises inspirées par les vers de Paul Verlaine.

Si le goût des arts et de la nature les rassemble, la jalousie maladive de Proust les sépare. Ces deux années que durent leur relation seront coupablement vécues par Marcel Proust. Reynaldo Hahn s’enfuit vers d’autres amants mais une longue amitié les unit qui ne s’éteindra qu’à la mort du romancier, le 18 novembre 1922.

« Mon cher petit vous auriez bien tort de croire que mon silence est celui qui prépare l'oubli. C'est celui qui comme une cendre fidèle couve la tendresse intacte et ardente. Mon affection pour vous demeure ainsi et s'avive sans cesse et je vois mieux que c'est une étoile fixe en la voyant à la même place quand tant de feux ont passé… » Lettres à Reynaldo Hahn, octobre 1898.

Reynaldo Hahn hante l’œuvre de Proust comme dans le roman Jean Santeuil sous les traits d’Henri de Réveillon. Dans le recueil Les Plaisirs et des jours, Proust dédie la nouvelle La mort de Baldassare Silvande au musicien bien aimé.

L’amour pastel de Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin

Il n’est pas d’amitié plus étanche que celle qui unit Guillaume Apollinaire à Pablo Picasso. C’est en 1907 que le peintre espagnol présente au poète, Marie Laurencin qui fréquente le Bateau-Lavoir. Le couple vivra une relation houleuse de cinq ans mais Marie, lasse des infidélités de Guillaume, mettra fin à leur liaison en 1912.
Leur amour inspira à Apollinaire le poème Marie publié dans le recueil Alcools en 1913 qui commence par ces vers :

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Ultime hommage, à sa mort, Marie Laurencin souhaita que l’on place dans ses mains une rose blanche ainsi qu’une lettre d’amour de Guillaume.

La passion surréaliste de Paul et Nusch Éluard

Le 21 mai 1930, Boulevard Haussman, se joue une scène capitale pour la poésie française. Alors qu’ils s’adonnent à la flânerie amoureuse sur les trottoirs encombrés des grands magasins, René Char et Paul Éluard croisent une belle élégante portant sur la tête un chapeau orné d’un corbeau. Les deux hommes invitent la jeune femme peu farouche et affamée à la brasserie la plus proche, Paul est pris de passion. Son nom : Marie Bentz, surnommée Nusch, âgée de 24 ans, elle vit depuis 2 ans à Paris où elle exerce divers métiers et petits rôles au hasard des distributions du théâtre du Grand Guignol. Une fois Paul divorcé de la sulfureuse Gala, Nusch devient madame Éluard le 21 août 1934, ils ont pour témoin deux acteurs majeurs de la révolution surréaliste : André Breton et René Char. Pendant 12 ans, le couple Éluard brise les règles et les conventions de l’amour bourgeois, les relations homosexuelles et échangistes sont tour à tour expérimentées. Leur amour libertin inspire à Éluard ses plus belles pages de poésies sensuelles et érotiques.

Edith Piaf, l’hymne à L’amour

Edith Piaf, une artiste, qui toute sa vie, fut emportée par l’amour. Ces chansons résonnent au rythme de ses liaisons, mariages, séparations ou disparitions tragiques. La grande amoureuse croqua les hommes d’un appétit féroce, sans regrets ni rancunes.

Edith Piaf et Yves Montand

Alors qu’il se produit au Moulin Rouge en première partie d'Edith Piaf, le jeune Yves Montand n’est qu’au début de sa glorieuse ascension. Le coup de foudre est réciproque et ensemble ils partent en tournée. Edith le conseille et l’encourage à se forger un répertoire. Elle écrit pour lui, une chanson sans équivoque  Mais qu’est ce que j’ai donc à tant l’aimer ? en 1945. Le succès grandissant du jeune premier ébranle leur relation, ils tournent ensemble le film Étoile sans lumière  en 1946 réalisé par Marcel Blistène, cette même année l’indomptable Edith met brusquement un terme à leur idylle.

Edith Piaf et Georges Moustaki

Le jeune musicien grec ne sait pas ce qui l’attend lorsque qu’Henri Crolla, guitariste et musicien de jazz de Saint Germain, l’invite à monter chez Edith Piaf. En 1958, âgé de 23 ans, pétrifié devant le monstre sacré, Giuseppe Mustacchi panique à la guitare puis au piano. Séduite par ce timide compositeur, elle l’invite à venir l’entendre à l’Olympia. À la fin d’une soirée, chez la chanteuse, alors que tous les invités s’en vont, elle retient le jeune homme de manière très explicite. Comme avec Yves Montand, Piaf soutiendra et veillera au lancement de son jeune poulain : Georges Moustaki. Un jour alors qu’il l’accompagne en tournée aux Etats-Unis, elle lui demande une chanson, il lui écrit le texte de la chanson Milord, restée sur toutes les lèvres. Leur romance durera toute l’année de février 1958 à février 1959, ils se séparent bons amis.

Edith Piaf et Théo Sarapo

Théophanis Lamboukas rencontre Edith Piaf le 20 janvier 1962 par l’intermédiaire de Claude Figus son secrétaire. Piaf est séduite par la voix mais aussi par la grande beauté du jeune homme. Il a 26 ans, elle en a 47, qu’importe, ils se marient le 9 octobre 1962, à la mairie du 16ème arrondissement. Piaf lui trouve un nom de scène : Sarapo, qui signifie « Je t’aime » en grec. Ils partent en tournée et Piaf chante énamourée au bras de Théo qui l’accompagne A quoi ça sert d’aimer écrite par Michel Emer. Théo devient progressivement son secrétaire puis manager. Edith dont l’état de santé s’aggrave sera veillée jour et nuit par ce jeune mari amoureux et attentif que bien des mauvaises langues appelaient : le gigolo. La mort de la chanteuse survient le 10 octobre 1963, un an après leur mariage. Théo seul et effondré court le cachet afin d’éponger les dettes faramineuses de Piaf. «  L’amour ça sert à quoi ? à vous donner de la joie, avec des larmes aux yeux, c’est triste et merveilleux. »

Yves Montand et Simone Signoret, clopin-clopant

Le 19 août 1949, le soleil brille de mille feux à Saint Paul de Vence et le hasard fait bien les choses en amour. C’est à l’auberge La colombe d’or qu’Yves Montand, alors en tournée dans la région, se restaure en compagnie de son ami et guitariste Henri Crolla quand Jacques Prévert accompagné de Simone Signoret pénètre dans l’auberge. Simone est alors marié au réalisateur Yves Allégret et mère d’une petite Catherine, l’amour emporte tout sur son passage, l’actrice débarque quelques jours plus tard chez Montand. Après son divorce, Simone Signoret et Yves Montand se marient sous le ciel de Saint Paul de Vence, le 21 décembre 1951 avec pour témoins Jacques Prévert et Paul Roux.
Le cinéma réunit le couple à l’écran dans le film tiré de la pièce d’Arthur Miller Les sorcières de Salem en 1955 puis L’aveu de Costa Gavras en 1970 ainsi que Police Python 357 d’ Alain Corneau en 1976. Malgré les frasques retentissantes de l’acteur, Simone Signoret ne lâche rien, elle aura, par ailleurs, cette drôle de phrase concernant le couple « Le secret du bonheur en amour, ce n’est pas d’être aveugle mais de savoir fermer les yeux quand il faut. »

Elvire PopescoHenri Verneuil et Elvire Popesco, à la scène comme à la ville

C’est en novembre 1923 que le dramaturge Louis Verneuil, appelé « le roi du Boulevard », rencontre la pétulante Elvire Popesco fraichement débarquée de Roumanie. L’acteur marié durant 2 ans à la petite fille de Sarah Bernhardt, s’éprend d’Elvire qui devient son égérie. Il offre à la comédienne des rôles en or tant au théâtre qu’au cinéma (7 films au total) où l’actrice déploie tous les talents de son jeu. Leur vie amoureuse est tumultueuse, elle s’achève en 1937. Louis Verneuil dira à propos des relations amoureuses : « Les femmes ne se souviennent que des hommes qui les ont fait rire et les hommes des femmes qui les ont fait pleurer. »

Héloïse et Abélard « ne cherchons en un mot que l’amour dans l’amour. »

L’histoire des amours mythiques d'Héloïse et Abélard nous est parvenue grâce à l’abondante correspondance qu’ils nous ont laissée. Pierre Abélard, intellectuel, philosophe et enseignant très en vogue au début du XIIème siècle s'éprend de son élève, la jeune et brillante Héloïse. Leur passion charnelle est aussi puissante qu’infâmante pour l’époque. Lorsque l’oncle d’Héloïse prend connaissance de cette relation, il est fou furieux et demande réparation. Héloïse enceinte, le couple se marie rapidement. L’oncle envoie quelques soudards châtrer Abélard. Sous la demande de son époux, Héloïse rentre au couvent, pour plus tard devenir abbesse du monastère du Paraclet dont la création fut ordonnée par Abélard. Lorsqu’Abélard meurt, Héloïse réclame la dépouille de son aimé, vœu prononcé par Abélard. L’abbé de Cluny vient en personne célébrer les obsèques et donner son absolution. Vingt et un ans plus tard, Héloïse s’éteint à son tour le 17 mai 1164. À sa demande, elle rejoint le corps de son époux. La légende veut qu’à l’ouverture du tombeau, le mort éleva ses bras, l’embrassa et la serra contre lui.

Les corps vagabonds d’Héloïse et Abélard

En 1487, leurs ossements sont déplacés dans l’église de la Trinité au Paraclet, puis en 1621, ils sont placés sous le grand Hôtel de l’église sans que les restes ne soient vérifiés. En 1780, les amoureux sont disposés dans un cercueil de plomb et deviennent plus visibles au public. En 1792, après la Révolution, les amants migrent dans l’église Saint Laurent de Nogent-sur-Seine. En 1800, les corps sont emportés au musée des Monuments Français en lieu et place de l’ancien couvent des petits-Augustins, future Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Leur pérégrination prend fin le 6 novembre 1817, la fermeture du musée étant programmée, après 5 mois de travaux le monument funéraire étant terminé, le Père Lachaise peut enfin accueillir les deux amants. Le cimetière, trop excentré au goût des parisiens, devient alors plus attrayant. 

Simone et Cino Del Duca, c’était écrit...

Cino Del Duca fait fortune dans la presse quotidienne et enfantine mais également la presse sentimentale avec les revues Nous deux et Intimités. Editeur, il publie Joseph Kessel et Maurice Druon, il se spécialise également dans le roman rose. Simone Nirouet, auteure d’un feuilleton le propose au patron de presse, l’histoire ne dit pas si Cino accepta le manuscrit mais Simone devient sa secrétaire en 1939 puis son épouse adorée en 1947. Cino disparaît brutalement le 24 mai 1967, Simone reprend le groupe d’une main experte. En 1975, elle crée la fondation Simone et Cino Del Duca, le prix mondial Cino Del Duca, l’un des plus généreux après le prix Nobel, récompense aussi bien des poètes, des médecins que des physiciens.