"Pourquoi faut-il que le Brésil vienne en secret me murmurer des mots pleins de fantaisie sur une étrange mélodie où tout à coup s’insinue la samba ". En 1972, Georges Moustaki découvre le Brésil, la terre des délices. Sa poésie et les sonorités de sa guitare s’en trouveront à jamais métamorphosées.Mais la musique brésilienne n’a pas attendu le beau Georges pour se répandre comme du miel sur la France.

Si tu vas à Rio!

En 1958, un jeune homme timide tout juste âgé de 24 ans nommé  compose la chanson Milord. Le gouvernement de René Coty est mis à mal par les événements d’Algérie et le général de Gaulle est au garde à vous devant ses électeurs. Toujours cette même année un certain Edson Arantes do Nascimento dit Pelé élimine la France (3-0) dans la demi-finale de la coupe du monde ! Mais la France n’est pas rancunière, la France aime le Brésil, la preuve : Radios, télévisions et bals populaires propagent un air gai et entrainant « tout à fait charmant » ! Dario Moreno roucoule si tu vas à Rio  sur un air de samba. 
En 1959, un nouveau son brésilien accoste sur le rivage méditerranéen avant d’assaillir le reste du monde. La croisette prend des airs de Copacabana grâce au film de Marcel Camus, Orphéo Négro, qui remporte la Palme d’or au festival de Cannes. L’année suivante le film obtient l’Oscar du meilleur film étranger ; le long métrage essaimera un peu partout les graines de la musique brésilienne. La musique Orphéo negro fut composée par l’immense Antonio Carlos Jobim et son ami Vinicius de Moraes (auteur de la pièce dont le film est tiré Orfeo da Conceiça), tous deux sont les créateurs d’un nouveau style de musique : la bossa nova.
Apparue dans les années 50, non loin des plages de Rio de Janeiro, la bossa Nova mélange de jazz et de samba se répend au Brésil en 1958 grâce à l’album Chega de Saudade enregistré par trois compères Carlos Jobim, de Moraes et Joao Gilberto. En 1963, le trio gagnant va créer un tube planétaire The girl from Ipanema interprété par Astrud Gilberto sur le saxophone sensuel de Stan Getz ; cette chanson imposera définitivement ce nouveau style musical sur la scène internationale.

 

Pierre Barrouh, prophète français de la musique brésilienne

En 1959, un très jeune homme du nom de Pierre Barrouh débarque à Rio par un cargo au départ de Lisbonne. Il est venu rencontrer un pays qui le fascine mais surtout voir et entendre les grandes voix de la musique brésilienne. L’homme ne rencontre malheureusement aucune de ses idoles et pour cause, elles sont toutes à Paris. C’est lors d’un dîner dans la capitale que Pierre Baroud se retrouve attablé auprès du compositeur et dramaturge Vinicius de Moraes et Baden Powell de Aquino, compositeur et guitariste émérite. Les trois hommes ne se quittent plus et Pierre Barouh fait le lien entre les deux continents. Il rencontre bientôt les figures les plus importantes de la musique brésilienne et de retour en France, il œuvre à faire connaître leurs musiques. En 1966, Pierre Barouh compose et interprète, en compagnie du compositeur Francis Lay, les chansons du film Un homme et une femme de Claude Lelouch. Samba Saravah, l’un des titres phares du film, est une ode à la Samba et à Vinicius de Moraes. Les sonorités brésiliennes envahissent peu à peu les compositions de certains artistes français, comme Claude Nougaro ou Bernard Lavilliers.

Moustaki le brésilien

Au début des années 70, Georges Moustaki est initié aux rythmes brésiliens par Pierre Barrouh. En 1972, il s’envole pour la première fois vers cet Eldorado musical. Invité à se produire sur la scène du Festival de chansons populaires par la chanteuse Nara Leao dite « la muse de la bossa nova », Moustaki éprouve pour le pays un véritable coup de foudre. Lors de ses nombreux voyages, il rencontre tour à tour Elis Regina, Chico Buarque, Vinicius de Moraes, Gilberto Gil ainsi que Jorge Ben. Le pâtre grec découvre le pays des merveilles, ses longues plages de sable fin, sa musique, sa culture, ses croyances sans oublier ses femmes.
Par un heureux hasard, Moustaki rencontre l’auteur préféré de sa jeunesse : Jorge Amado. L’écrivain lui ouvre les portes de son pays et lui fait rencontrer un étrange mystique dont le Brésil s’est fait une spécialité. Le prêtre, adepte du Candomblé, une mystique afro-brésilienne, révèle à Moustaki son appartenance à la divinité Oxala et l’enjoint à se revêtir de blanc. Ainsi Georges Moustaki ne se dépara plus de cette tenue virginale.
En 1973, Carlos Jobim l’aide à traduire du portugais au français l’immense succès dont il est l’auteur : Aguas de março, Les eaux de Mars en français. Cette chanson figurera sur l’album Déclaration auprès d’une autre chanson brésilienne : Le quotidien de Vinicius de Moraes.
Les sonorités brésiliennes ensoleilleront durablement le répertoire du chanteur. Il interprète l’immense succès populaire ( au Brésil et au Portugal) Fado Tropical de Chico Buarque qui aborde le thème de la révolution des œillets ou Amigos meus, Je suis une guitare en français de Toquinho et Vinicius de Moraes. Les artistes brésiliens empruntent quelques chansons au répertoire de Moustaki comme Rita Lee qui fait sienne la chanson Joseph traduite en portugais.
Moustaki composera également des bossa-nova originales où il rend hommage à ses amis chanteurs, poètes ou écrivains, notamment sur l’album Mustaki avec la très douce Bahia en 1977 puis Bye bye Bahia en 1981 sur l’album C’est là. En 2005, Moustaki enregistre au Brésil Vagabond, un 33 tours dans lequel figure une belle chanson : Tom, en hommage à Antonio Carlos Jobim dont il est un fervent admirateur.
Si le Brésil ne se souvient plus du pâtre grec, le souffle chaud de la bossa nova restera gravé dans le répertoire de Moustaki.

Bahia des pêcheurs, des marins,

Bahia des filles du port,

Bahia de tous les saints ;

Bahia de Saint Salvador.

J’ai écouté chanter les fils de Gandhi,

J’ai vu danser les filles de Xango.

C’est là que j’ai retrouvé le paradis

Du coté de Jorge Amado

Bahia, 1977.

Pour en savoir d'avantage sur le poète chanteur, rendez-vous sur le site officiel de Georges Moustaki.